Partir à la retraite après une carrière de frontalier, c'est prendre trois décisions en cascade : quand liquider ses rentes des deux pays, toucher son 2e pilier en capital ou en rente (un choix fiscal à cinq ou six chiffres), et choisir (quand c'est encore possible) son assurance maladie de retraité. Trois décisions largement irréversibles, et très mal documentées. Voici le mode d'emploi complet, sources officielles à l'appui.
🧮 CDHR : êtes-vous concerné ? Testez votre retrait de 2e pilier
Le testeur calcule les deux cas : capital compté en entier, ou pour un quart si vous demandez son traitement en revenu exceptionnel.
Sur votre dernier avis d'impôt. Sans les revenus exonérés en France par une convention fiscale.
Avant l'impôt suisse retenu à la source (remboursable sur demande au canton du siège de la caisse, dans les 3 ans).
Impôt net, après réductions et crédits d'impôt (ligne « impôt sur le revenu net » de votre avis, avant les prélèvements à la source déjà versés) : c'est le choix prudent, l'administration n'y réintègre qu'une liste limitée de réductions (dons, outre-mer, Madelin, FCPI et FIP). Vide : le testeur affiche un montant maximal.
À faire confirmer : aucun texte officiel ne cite encore le capital du 2e pilier comme revenu exceptionnel. Il en remplit en principe les deux conditions (un revenu qui ne se recueille pas chaque année, d'un montant supérieur à la moyenne de vos revenus nets des trois années précédentes), et le guide usager prévoit la saisie du taux de 7,5 % en case 8KE : en principe éligible, sur demande, à faire confirmer par votre service des impôts (messagerie de votre espace particulier ou rescrit).
Non modélisé : salaire imposé en Suisse avec crédit d'impôt (Genève), dont la part de CDHR est compensée par un crédit d'impôt ; capital d'un employeur public suisse versé à une personne de nationalité suisse, imposable seulement en Suisse.
La CDHR s'applique depuis l'imposition des revenus de 2025 et, depuis la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026), jusqu'à l'imposition des revenus de l'année où le déficit du budget général de l'État, constaté par la loi de résultats de la gestion, repasse sous 3 % du PIB.
Estimation indicative, ni conseil fiscal ni calcul d'impôt : revenu de référence approché (revenus habituels + 90 % du capital, ou 22,5 % avec l'option revenu exceptionnel), seuils, décote et formule de l'article 224 du CGI. Sources : Légifrance : article 224 du code général des impôts (version du 21/02/2026) ; BOFiP : BOI-IR-CDHR-10, calcul de la contribution (30/06/2026) ; BOFiP : BOI-IR-CDHR-20, revenus exceptionnels (30/06/2026) ; BOFiP : BOI-IR-CDHR-30, option, acompte et majoration (30/06/2026) ; impots.gouv.fr : guide usager de la CDHR ; BOFiP : BOI-RSA-PENS-30-10-20, capital de retraite à 7,5 % (10/08/2026).
Une carrière, deux pays, plusieurs pensions
Première bonne nouvelle : vous ne perdez rien. Grâce à la coordination européenne (que la Suisse applique via l'accord de libre circulation), chaque pays vous versera sa part de retraite, calculée selon ses propres règles : la Suisse dès une année entière de cotisation AVS, la France même pour quelques trimestres. Et la démarche est unifiée : une seule demande, déposée auprès de votre caisse française (CARSAT), déclenche l'échange entre institutions : vos périodes suisses et françaises circulent entre caisses, et chaque pays rend sa décision. La rente suisse AVS est ensuite versée en France par la Caisse suisse de compensation, sur votre compte bancaire français si vous le souhaitez.
- ✓Vos années suisses comptent pour valider la durée de carrière française (le taux plein), mais chaque pays ne paie que ses propres périodes
- ✓Déposez la demande 6 à 12 mois avant la date visée : les échanges entre caisses prennent du temps (l'AVS recommande de déposer la demande trois ou quatre mois avant)
- ✓Les âges diffèrent : la retraite française suit ses règles, l'AVS suisse les siennes ; vous pouvez liquider l'une avant l'autre
L'AVS (1er pilier) : 65 ans, l'anticipation et le report
L'âge de référence AVS est de 65 ans pour les hommes ; pour les femmes, il rejoint progressivement 65 ans d'ici 2028 (64 ans et 6 mois en 2026, avec des compensations pour les générations de transition 1961-1969). Vous pouvez anticiper la rente d'un ou deux ans (moyennant une réduction de 6,8 % par année d'anticipation, à vie), ou l'ajourner d'un à cinq ans, ce qui l'augmente durablement (de 5,2 % pour un an jusqu'à 31,5 % pour cinq ans). Le montant dépend de vos années de cotisation suisses et de votre revenu moyen : le relevé de compte individuel AVS, à demander à votre caisse de compensation, est le document à vérifier bien avant le départ. Depuis 2026, une 13e rente de vieillesse est versée chaque année en décembre, en supplément de la rente du mois : elle vaut un douzième de votre rente annuelle.
Le 2e pilier : la décision à six chiffres : capital ou rente
C'est LE choix stratégique de la retraite frontalière. La rente offre un revenu garanti à vie, imposé en France comme une pension classique (barème progressif, après abattement de 10 %). Le capital, lui, peut bénéficier d'un régime fiscal spécifique : le prélèvement forfaitaire libératoire de 7,5 % (article 163 bis du CGI), calculé après un abattement de 10 %, soit 6,75 % du capital au titre de l'impôt sur le revenu (d'autres prélèvements peuvent s'ajouter, voir ci-dessous). Deux conditions cumulatives : pour chaque caisse ou compte de libre passage, l'intégralité des droits doit être versée en une seule fois (une partie peut rester en rente, mais pas en capital différé ou échelonné), et les cotisations doivent avoir été déductibles, ou exonérées, dans l'État qui imposait votre salaire. L'option se coche sur la déclaration de revenus de l'année du versement (case 1AT ou 1BT) et elle est irrévocable. Attention enfin au préavis : beaucoup de caisses de pension exigent que le choix du capital soit annoncé plusieurs mois (parfois années) avant le départ. Renseignez-vous tôt auprès de votre caisse LPP. Côté suisse, la caisse retient un impôt à la source sur le capital versé à un résident de France. Il vous est remboursé si vous le demandez à l'administration fiscale du canton où la caisse a son siège, au plus tard trois ans après le versement : ne laissez pas passer ce délai. Exception : si vous avez la nationalité suisse (binationaux compris) et que la rente ou le capital provient d'un employeur public suisse (canton, commune, hôpital public…), ils ne sont imposables qu'en Suisse ; le régime français du 7,5 % ne s'applique pas.
Le piège oublié : la cotisation maladie de 8 % sur le capital
Si vous relevez de l'assurance maladie française au titre du droit d'option (frontalier en activité, ou retraité qui ne perçoit qu'une pension suisse et a choisi le système français), l'Urssaf intègre le capital du 2e pilier dans les revenus qui servent au calcul de votre cotisation de 8 %, deux ans après le versement. Dès lors que vos autres revenus dépassent déjà l'abattement, cela représente de 7 200 € à 8 000 € pour 100 000 € de capital, selon que le montant retenu est le capital diminué de l'abattement de 10 % ou le capital entier (l'Urssaf renvoie au montant de l'avis d'impôt, sans trancher) : à ajouter aux 6,75 % d'impôt. Le détail du calcul est dans notre guide CMU frontalier.
Le piège récent : la CDHR sur les gros capitaux
Depuis l'imposition des revenus de 2025, la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) garantit une imposition minimale de 20 % du « revenu de référence » (le revenu fiscal de référence retraité) lorsqu'il dépasse 250 000 € pour une personne seule ou 500 000 € pour un couple soumis à imposition commune, avec une décote jusqu'à 330 000 € et 660 000 €. Elle est reconduite, sans année de fin, jusqu'à ce que le déficit du budget général de l'État repasse sous 3 % du PIB, avec un acompte à verser du 1er au 15 décembre. Le capital du 2e pilier entre dans ce revenu l'année du versement, pour 90 % de son montant. Mais un revenu exceptionnel par sa nature et par son montant (supérieur à la moyenne de vos revenus des trois années précédentes) peut, sur option dans la déclaration complémentaire 2042-C, n'être retenu que pour le quart de son montant. Un capital du 2e pilier versé en une fois est en principe éligible, mais l'administration ne l'a pas écrit expressément : faites-le confirmer par votre service des impôts. Exemple : une personne seule avec 40 000 € de pensions et 800 000 € de capital doit environ 75 000 € de CDHR sans l'option, rien avec si elle est admise. Au-delà de 250 000 € de revenu fiscal de référence (personne seule), la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (3 %, puis 4 % au-delà de 500 000 €) peut aussi s'appliquer. Seuils et calendrier : notre décryptage complet de la CDHR.
Votre assurance maladie de retraité : le droit d'option renaît (parfois)
Le passage à la retraite est un « fait générateur » qui rouvre le droit d'option entre LAMal et Sécurité sociale française, avec 3 mois pour choisir, à compter de la notification (premier versement) de la pension suisse, auprès de l'Institution commune LAMal ; sans démarche, vous êtes affilié d'office à l'assurance maladie suisse. Mais il y a une règle décisive que presque personne n'explique : elle ne vaut que si vous percevez exclusivement une pension suisse. Dès que la France vous verse la moindre pension, même quelques trimestres validés en début de carrière, votre pays de résidence devient automatiquement compétent : affiliation au régime français, sans choix possible. Les carrières 100 % suisses choisissent ; les carrières mixtes basculent au régime français. Dans les deux cas, notre comparateur LAMal / CMU et le guide du remboursement des soins vous aident à anticiper ce que ça change au quotidien.
Le rétroplanning du départ
- ✓12 à 24 mois avant : relevé AVS + certificat LPP à jour, décision capital/rente amorcée (vérifiez le délai de préavis de votre caisse de pension !), estimation des deux retraites
- ✓6 à 12 mois avant : demande de retraite déposée à la CARSAT (elle coordonne avec la Suisse) ; demande AVS si vous liquidez la Suisse d'abord
- ✓Dans le délai fixé par le règlement de votre caisse, souvent bien avant le départ : notification du choix capital/rente ; si capital, anticipez l'impôt (7,5 %), la cotisation maladie de 8 % deux ans plus tard si vous relevez du droit d'option, et, pour les gros montants, la CDHR (option revenu exceptionnel à étudier)
- ✓Dans les 3 mois suivant le premier versement de la pension suisse : droit d'option maladie si vous êtes mono-pensionné suisse ; sinon, inscription au régime français
- ✓Dans les 3 ans suivant le versement du capital : demande de remboursement de l'impôt suisse retenu à la source, au canton du siège de la caisse
- ✓L'année suivant le versement : case 1AT/1BT sur la déclaration de revenus pour l'option 7,5 % du capital et, si vous le demandez, option revenu exceptionnel dans la déclaration 2042-C
Sources officielles
À retenir
Une seule demande (CARSAT) déclenche vos retraites des deux pays : chacun paie sa part. AVS : 65 ans (femmes : transition jusqu'en 2028), anticipation −6,8 %/an, report jusqu'à +31,5 %, 13e rente en décembre. 2e pilier : rente au barème OU capital unique à 7,5 % (6,75 % du capital pour l'impôt, option irrévocable case 1AT), plus 8 % de cotisation Urssaf si vous êtes affilié en France par le droit d'option ; impôt suisse retenu à la source, remboursable dans les 3 ans. Gare au préavis de la caisse et à la CDHR sur les gros montants (option revenu exceptionnel à faire confirmer). Maladie : le droit d'option ne renaît que pour les pensions 100 % suisses ; une pension française, même minime, impose le régime français.
🛠️ Comparer LAMal et CMU
La retraite rouvre parfois le droit d'option maladie, avec 3 mois pour choisir. Comparez les deux régimes selon votre situation.
Comparer LAMal et CMU →Sources officielles
- Centre d'information AVS/AI : mémento 3.04, flexibilisation de la retraite (âge, anticipation, ajournement) ↗
- Centre d'information AVS/AI : mémento 3.01, rentes de vieillesse (13e rente) ↗
- CLEISS : FAQ droit d'option des frontaliers France-Suisse (cas du pensionné) ↗
- BOFiP : prestations de retraite en capital, imposition au taux de 7,5 % (CGI, art. 163 bis, II) ↗
- BOFiP : CDHR, revenus exceptionnels retenus pour le quart ↗
- BOFiP : BOI-INT-CVB-CHE-10-20-60 (remboursement de l'impôt suisse sur le capital dans les trois ans) ↗
- impots.gouv.fr : retraités de Suisse (secteur public ou privé, nationalité) ↗
📅 Les dates à ne pas rater, chaque mois
Une lettre par mois : les échéances qui approchent (LAMal, Urssaf, impôts, douane), les règles qui changent et nos nouveaux outils. Chaque info avec sa source officielle. Gratuit.